Archives de catégorie : Film

Juste pour mémoire… une idée derrière nos têtes

Journal d’un soldat français en Afghanistan

Un récit de Christophe Tran Van Can, Plon

Près de quatre mille soldats français sont actuellement déployés en Afghanistan. Un chiffre souvent cité par les médias. Pourtant, depuis 2001, ils sont près de 50 000 à avoir combattu là-bas, et le nombre de morts s’élève déjà à 53. Mais que savons-nous de ces jeunes soldats volontaires ? Des missions qu’ils réalisent loin de chez eux, de leurs motivations, de ce qui fait leur quotidien ? En janvier 2010 et pour la première fois, Christophe Tran Van Can, un sergent d’une unité de combat, a rédigé et publié son journal en étroite collaboration avec Nicolas Mingasson, seul reporter autorisé par l’armée française à suivre – pour le Figaro Magazine – les opérations de combats en Kapisa, l’une des régions les plus dangereuses
d’Afghanistan. Le sergent Christophe Tran Van Can nous fait vivre de l’intérieur ses joies et ses peines, nous fait patrouiller à ses côtés dans les vallées d’Alasay et de Bedraou. Il nous fait aussi découvrir, qu’avant tout, la guerre n’a rien de virtuel et que derrière le soldat en tenue de combat se cache un mari et un père. Un document exceptionnel né d’une expérience unique. [Résumé amazon.fr]

 

 

Armadillo

un film de Janus Metz, 2011

Mads et Daniel sont partis comme soldats pour leur première mission en Afghanistan ; leur section est positionnée à Camp Armadillo. Les soldats sont là pour aider les Afghans, mais les combats s’intensifiant, les sentiments de méfiance et de paranoïa s?imposent, causant aliénation et désillusion. Armadillo est un voyage dans l’esprit du soldat, un film d’exception qui plonge dans l’histoire mythique de l’homme en guerre. [Résumé amazon.fr]

« Watchmen » de Zack Snyder

Il y a quelques années, il y avait l’affreux 300. Un ennui profond. La direction d’acteur, la mise en scène, l’esthétique même: tout y est insistant.

Deux ans plus tard, en 2008, lorsqu’était sorti Watchmen, je n’y étais pas allé. C’était une erreur.

Avec Yves, nous travaillons depuis longtemps sur la notion d’uchronie (procédé consistant à introduire un événement de fiction dans une situation historique existante pour jouer avec les conséquences possibles). Nous avons peu de succès, trop déstabilisant et déroutant.

En 2007, Philip Roth écrit Le complot contre l’Amérique dans lequel il raconte la victoire de Charles Lindbergh contre Roosevelt aux élections présidentielles de 1940, la peur des Juifs américains, le refus des Etats-Unis d’entrer en guerre contre l’Allemagne nazie. Mais ça reste de la littérature, toujours difficile de convaincre qu’un procédé littéraire est transposable au cinéma ou à la télévision.

Revenons à Watchmen. Le scénario est exemplaire. Le prologue du film définit le postulat : une réalité américaine dans lequel il introduit des super-héros; lesdits super-héros participent à la fin de la guerre du Viêt Nam; les Etats-Unis remportent le conflit. Le film se déroule en 1986: Nixon a été réélu pour un troisième mandat.

Aucun complexe, remarquablement écrit. Simple et efficace. La réalisation reste très tape-à-l’oeil, mais le film emporte le morceau!

« Le mur du silence » vs. « The Town »

Le film de Ben Affleck The Town est une référence lointaine mais récurrente dans les discussions autour de l’écriture du Mur du silence (le film de Jean-Claude Barny).

Pour nous aussi, c’est un cinéma lointain. Le film de Affleck est correctement ficelé, sans plus. Il peine a être elliptique dans sa narration. Il n’évite pas les poncifs du genre (en particulier une interminable scène de fusillade en guise de final).

Et surtout, c’est un film bavard. Bavard, un film d’action? Oui, bavard, comme s’il fallait évactuer le récit en le concentrant dans d’interminables scènes de dialogue afin que les scènes d’action soient vierges de tout enjeu narratif.

Bavard et un peu lourdeau. Transcription à l’appui:

La séquence se déroule à la 32ème minute du film. Elle dure 4 minutes!
Ben Affleck et « la fille » dans un parc, assis et immobiles. Toute la discussion (surtout le monologue) est très lente, ponctuée de sonores et virils soupirs. Par moment la voix de Ben Affleck est sur le point de se briser, saturée d’émotion.

    • Elle : Alors, tes parents vivent toujours à Charlestown ?
    • Lui : Euh… non… mon père a fini par partir en banlieue.
    • Elle : Et ta mère ?
    • Lui : J’en ai aucune idée, elle est partie quand j’avais six ans.
    • Elle : Qu’est-ce qui s’est passé ?
    • Lui : Elle est partie.
    • Elle : Ouaip ?
    • Lui : J’ai été réveillé par le bruit. Au début, je savais pas ce que c’était. On aurait dit un animal pris dans un piège. J’avais encore jamais entendu un homme pleurer. Je suis descendu en pyjama. J’ai vu mon père dans la cuisine. Le premier truc qui me revient, c’est le cendrier. Y’avait au moins une centaine de mégots. Les cendres faisaient une montagne. Il avait arrêté de pleurer. Il était là, assis à regarder la télé sur un petit poste noir et blanc sans le son. Il devait pas savoir quoi faire d’autre. Il m’a regardé dans mon pyjama, debout devant lui. Il a dit : ta mère est partie, elle reviendra pas. Comme ça. En fumant des cigarettes et en fumant un pain surgelé à six heures du matin. On avait perdu notre chien l’année précédente… Et je voulais qu’on mette des affichettes. Comme ça si ma mère s’était perdue, les auraient pu nous appeler, comme le mec qu’avait trouvé notre chien. Encore aujourd’hui, mon père te jurera qu’il m’a aidé pour les affichettes, mais c’est faux. Il était assis dans la cuisine à boire un pack de bière pendant que moi je partais tout seul sur Foulstreet demander aux gens s’ils avaient vu ma mère. Elle s’appelait Doris. Ma grand-mère avait une maison, un restaurant à Downdridge en Floride, alors je m’imaginais que c’était peut-être là qu’elle était partie. J’ai fini par accepter l’idée que… que ça n’a pas d’importance. Où qu’elle soit allée, elle avait une bonne raison de partir. De toute façon, elle voulait plus être ma mère et… elle ne reviendrait pas. Et maintenant, t’en sais un peu sur ma famille, mais je veux toujours pas te montrer mon appart.
    • Elle : Je t’en prie, ça peut pas être si terrible que ça.

Nous avons vu « Parc » hier

Autant commencer par une phrase simple : « Parc », de Arnaud des Pallières, est exemplaire et remarquable.Le film est d’une très haute tenue. A l’exception d’Arnaud, personne en France, n’est capable de se hisser à cette position (il y a trente ans, peut-être y en avait-il quelques-uns). C’est sans doute cela qui exaspère la critique : « Comment donc des Pallières ose-t-il jouer dans la cour des grands ! ». Les critiques auraient sans doute encensé le film s’il avait été réalisé par un Gus Van Sant ;  des Pallières est à ce niveau d’exigence et de compréhension du cinéma.

Nous avons été heureux et étonnés de retrouver une thématique qui nous est chère (notre lecture du film est fortement orientée) : cette violence, au centre du film, que nous ne pouvons comprendre parce qu’elle ne s’inscrit pas dans une suite logique de causes et d’effets et qui n’est pourtant en aucun cas gratuite.
Sans vouloir nous mettre, Yves et moi, sur le même plan, j’avais l’impression pendant toute la première partie du film, d’être face au hors-champ (cinématographique) de « DMM City » ; ou que « DMM City » était le hors-champ (télévisuel) de « Parc ». Troublant et réjouissant.

J’apprécie, ô combien, que le film ne cède pas à la facilité du thriller qui l’aurait dénaturé. Et en ce sens, j’ai des réserve contre la bande annonce, qui suggérait cette direction.

Je trouve le positionnement politique du film très juste. Je  retrouve une caractérisation de la bourgeoisie qui s’inscrit, à mon avis, très bien dans une perspective de lutte des classe, renouant ainsi avec une lecture sociale issue de la fin des années 60. Choix juste s’il en est lorsqu’on cherche des clés pour décoder cette violence exposée dans le film.

Par goût personnel, je regrette sans doute certains choix de dispositifs narratifs ou de mise en scène qui ont tendance à fermer le film à un plus large public plutôt qu’à l’ouvrir. Mais les regrets son ténus. Je comprends certains de ces choix et ne peux que convenir qu’ils sont les meilleurs. Le cinéma (par opposition à la télévision) est sans doute là pour cela, justement… faire les meilleurs choix quitte à fermer certaines portes.

Il y aurait mille autres choses à dire. Tel plan, telle idée, telle scène ; content, pas content ; intrigué ou emballé. Je m’arrête là.

Aix-les-Bains / La télévision a changé

Nous sommes à Aix-les-Bains. Nous y rencontrons les autres scénaristes qui, comme nous, écrivent pour la télévision. Ils ont l’air très sérieux. Et ça ne les empêche pas parfois, de dire des choses intéressantes. Surtout lorsqu’ils sont canadiens!

La manière de regarder la télévision a profondément changé.

Pendant des années on a seriné la leçon suivante : il faut capter l’attention, il faut pallier au défaut d’attention, répéter encore et encore les informations clés pour être sûr qu’elles atteignent les spectateurs.

Mais aujourd’hui, le spectateur enregistre, le spectateur regarde la fiction sur DVD ou en VOD, il la télécharge : il choisit le moment où il regarde, il choisit de consacrer son attention à ce qu’il regarde.

Ce changement de comportement se conjugue avec la généralisation de la HD et des écrans plats. Ce phénomène est bien moins technologique et anecdotique qu’on peut le penser. La taille des écrans augmente. 1 mètre de base, en moyenne, pour ceux vendus aujourd’hui ; 1,80 mètre pour ceux qui seront vendus en 2010. Dans ces conditions, la qualité de diffusion est très proche du cinéma.

Ces deux éléments conjugués sont les raisons principales d’un nécessaire changement de la production de fiction pour la télévision. Autant sur le fond (qualité de l’attention) que sur la forme (qualité de la chaîne de diffusion). La fiction à télévision ne peut plus être ce qu’elle était. Elle se rapproche aujourd’hui du cinéma.

S’il est besoin d’un exemple pour étayer ce raisonnement, citons l’expérience américaine (pour changer !). Aux États-Unis, ce double changement est intervenu au début des années 2000. La télévision américaine a pris ce virage, s’adaptant aux changements de comportement et aux évolutions technologiques. Et c’est précisément l’époque où l’écart entre les séries américaines et les séries françaises s’est creusé. Vingt ans plus tôt, il y avait très peu de différence entre un Navaro et un Colombo. Regardons aujourd’hui le fossé entre un Louis la Brocante et un Jack Bauer…