Archives par mot-clé : Thomas Cheysson

Didier Nion

Yves et moi avons rencontré Didier Nion ce matin. La rencontre a été proposée par Serge Lalou, un des producteurs des Films d’Ici. Depuis plusieurs mois, il prépare une adaptation du récit d’Alain Bombard, « Naufragé Volontaire ».

Didier Nion a un regard très intense. Il est sec et maigre. Il est… habité, impossible de trouver un autre terme. Le livre de Bombard, sa traversée de l’Atlantique (seul sur un radeau, en 1952, pour prouver au monde qu’on ne peut mourir en mer) l’habite littéralement. Chacun de ses geste, chacune de ses phrases vont dans ce sens. Il y a quelque chose d’emballant et d’effrayant. Et une certitude se dégage: s’il y a une seule personne capable de réaliser un tel film, c’est bien Didier Nion. Il sait comment le faire!

Bien sûr, nous allons plonger à ses côtés et tenter d’écrire ce film!

Didier Nion est un ébéniste. Didier Nion est un navigateur qui a traversé l’Atlantique à de nombreuses reprises. Didier Nion est surtout un grand réalisateur.

Les réalisateurs qui ont fait ne serait-ce qu’un seul bon film dans leur vie se comptent sur les doigts des mains. Didier en fait partie. Il a réalisé, il y a quelques années, un dcumentaire intitulé « Dix-sept ans ». Le film est tout simplement remarquable (critique).

« Votre film post-punk »

« Votre film post-punk… » le mot a été lâché par la productrice.

Les espions sont-ils des punks ? Notre Alexandre est-il punk ?

Exécuter des gens pour profession est une forme très concrète de nihilisme. « Le révolutionnaire ne connaît qu’une science : celle de la destruction » affirme Netchaïev — expert s’il en est en matière de nihilisme — dans son « Catéchisme du révolutionnaire ». Alexandre peut revendiquer chaque mot de ce bréviaire de la destruction, sa violence a été forgée à bonne école.

Alexandre a quarante ans, l’âge de la « seconde génération punk ». À l’ouest, les jeunes de son âge écoutaient encore les Sex Pistols ou plutôt Bérurier Noir. Les morceaux des groupes punks étaient rapides, nerveux et brutaux, trois adjectifs qualifiant parfaitement les exécutions du Smersh. Alexandre et les punks parlent un même langage. Le punk est destructeur, tout comme l’exécuteur. Les Smersh, des illégaux (même parmi les espions), ne doivent pas même exister. Ils appartiennent aux minorités invisibles, comme les punks : mis à l’index.

Les espions

Les espions s’invitent depuis longtemps dans nos projets individuels ou communs, ils hantent nos écritures — scénarios et romans — un peu comme une filiation ou un héritage de plus en plus lourd à trimballer.

La matière historique est là, le vécu également. Des années déjà au cœur des services secrets sur de précédentes écritures, et nos histoires personnelles et intimes, peuplées de voyages, de liaisons étrangères et d’hommes de l’ombre.

Un jour ou l’autre, il va bien falloir s’y coller!

Le sujet du film ? Ce serait : le crépuscule des espions et l’aube d’une jeunesse qui ne croit plus aux lendemains.

Il y aurait un espion. Il s’appelle Alexandre (ce n’est pas son vrai nom). Alexandre est un Smersh : un exécuteur autonome du KGB qui traque les traîtres en solitaire. C’est le dernier d’entre eux. Il ne le sait pas. Pas encore.

Il y aurait un vieillard teigneux. « Pepe ». Il se prétend ancien chauffeur de Trotski

Pour nous, le moment est venu de régler leur compte aux espions. Ils meurent et avec eux les mythes disparaissent, les utopies sont assassinées et les rêves confisqués.

Un film qui prendrait acte de la fin d’un siècle et de la naissance d’un autre. L’espion, né sur les décombres des guerres mondiales et les restes de la guerre froide, hanté par le souvenir des camps de la mort, n’a plus de certitudes, il se fissure, craque. Les blessures n’ont jamais été refermées, un monde a disparu ; l’avenir du nouveau monde qui se dessine est brouillé et déréglé. La violence idéologique laisse la place à une violence nihiliste.

Nous voulons éclairer une dernière fois ce monde qui n’en finit pas de disparaître pour mieux parler de nos enfants : il y aurait une jeune fille, Enola. Elle appartient à la première génération qui n’a pas connu ces espions et leur cohorte de fantômes. Elle n’est pas atteinte du « supervirus de la folie de l’espionnage » dont s’amuse John Le Carré. Elle ne se nourrit pas des fantasmes de « l’industrie de l’ombre ». Enola, comme nos enfants, a en permanence une trace sombre et inquiétante qui brille au fond des yeux. Elle tangue, seule, au bord du monde, la tête enivrée par un fiévreux mélange de haine et d’amour, avec un immense appétit de destruction et de beauté.

Le film ne cédera à aucun désespoir, mais plutôt à l’espoir. L’espoir qu’Alexandre aimerait transmettre à la jeune Enola. Avec violence et déraison,
certes. Notre fiction livre une vision impatiente de l’avenir. Un avenir aussi convulsif, impertinent et joyeux que les danses d’Enola lorsqu’elle bondit en tous sens, le casque vissé aux oreilles et les yeux fermés.

 

Nous avons exposé ce fatras d’idées à notre productrice. « Vous avez tout pour plaire », nous lance-t-elle avec une pointe de sarcasme dans la voix : « faire un film d’atmosphère (même quand on ne parle pas de crépusculaire, c’est toute une histoire), y glisser de la violence et du désespoir, transformer une chasse aux espions en une fuite nihiliste avec des vieux (carrément un vieillard !) et des très jeunes (cette jeune fille, Enola, 17 ans qu’on jurerait héroïne de manga capable de tout, surtout du pire), votre exécuteur des services secrets russes qui dort depuis 1991 au milieu des blés de Beauce, cet ancien chauffeur de Trotski qui attend vainement une exécution digne de son parcours (on l’imagine avec les bottes aux pieds, tout droit sorti du dernier western de John Ford), le tout dans un ample mouvement qui va de l’été à la nuit froide, du crépuscule à l’aube, ou le contraire. Votre film post-punk, vous allez le faire comment ? ».

On va commencer par l’écrire!

Bling

« Bling »…

Depuis des mois nous tournons autour. Las Vegas. Le désert du Nevada. Les essais atomiques américains. Le jeu. Les néons.

Plusieurs fois j’étais à Las Vegas.

Plusieurs fois j’ai écrit Las Vegas: « Parole de pirate! », « The TB project ».

Nous avons lu « Zeropolis » de Bruce Begout, livre indispensable sur la question.

Nous avons vu mille et un film (dont le très étonnant « Funny bones », hier encore).

Et nous avons décidé à la fin de l’année dernière de lancer un projet qui aurait Las Vegas comme décor et le poker comme sujet.

[La nouvelle apparence du site n’est pas tout à fait étrangère à ceci.]

A suivre…

Uchronie

Dans le dossier de présentation de « Bison 6 », nous parlons de l’uchronie en ces termes:

« UCHRONIE (n.f.) : utopie appliquée à l’histoire ; histoire refaite logiquement telle qu’elle aurait pu être. », dictionnaire Larousse, 1913.
L’uchronie consiste à introduire un événement de fiction dans une situation historique existante pour jouer avec les conséquences possibles.
Nous jouons l’uchronie lorsque les membres de notre expédition se retrouvent aux côtés du Président de Haute-Volta, le jour de l’indépendance, sur les images d’actualité projetées dans les cinémas parisiens. Ou comme lorsque Hemingway décide d’embarquer les rescapés de notre expédition dans son petit avion pour les emmener à la rencontre du militant indépendantiste Félix Moumié, caché dans la forêt équatoriale camerounaise. Ou encore lorsque l’écrivain blessé et alité imagine la fin de l’expédition comme une course poursuite effrénée jusqu’à Pointe-Noire au Moyen-Congo.
L’aventure et ses péripéties au rythme historique précis et juste de la chronique des indépendances, jusqu’à l’exagération, jusqu’à l’événement divergent cher à l’uchronie.

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« Gerboise bleue » devient « Bison 6 »

Sans crier gare, le feuilleton sur lequel nous travaillons depuis trois mois a perdu son titre.

Gerboise bleue. Les deux mots étaient devenus familiers. Leur emploi était quotidien. La relation était intime.

Gerboise bleue est le titre d’un film documentaire qui sortira en sall en février 2009. Nous avons vu le film. Je n’en dirai rien car je n’aime pas dire du mal.

Exit Gerboise bleue, donc. Nous avons opté pour Bison 6. Tout aussi énigmatique. Ancré dans le monde de l’espionnage pour les initiés.

Il va falloir habituer nos bouches à prononcer ces deux nouveaux mots.

Un réalisateur pour « Gerboise bleue »

Nous cherchons un réalisteur pour Gerboise bleue.

Nous sélectionnons et visionnons des films. Nous cherchons une clé qui nous donnerait envie de faire lire le projet.

L’Afrique, Sarajevo, Beyrouth, Buenos Aires, le mélange entre fiction et documentaire, budgets serrés la plupart du temps, équipes réduites, on est bien dans les problématiques de Gerboise bleue
Voir ces films et penser à ces réalisateurs est pertinents, cela fait avancer notre réflexion, notamment sur les spécificités du projet.
La qualité essentielle après laquelle nous courons est une capacité de recul et de mise à distance. De l’humour, de la légèreté, de la désinvolture et de la dérision.

Synthèse des films visionnés

Voici quelques impressions à la volée, synthèse de nos visionnages (nous ne sommes pas toujours d’accord).

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Bombe atomique

Les pays d’Afrique se battent pour leur indépendance, alors que la France tente de négocier le tournant de la modernité.

Symbole de cette modernité affirmée, la première bombe atomique française explose cette même année 1960 à Reggane, nom de code: « Gerboise bleue ».

Nous cherchons une manière de lier le récit que nous écrivons à cet événement. Lier les indépendances africaines à Gerboise bleue.

Pour un autre projet, je revois Stravisky de Resnais. Je note le dernier dialogue, qui lie très élégamment l’expulsion de Troski de France à l’affaire Stravisky. Et je rêve que nous trouvions quelque chose d’aussi efficace pour notre problème.

– Voilà, ils vont expulser Trotski. Mais c’est en France que le sort de la bataille contre le fascisme va se décider. Trotski ne sera pas là. Sans lui, nous allons nous éparpiller. C’est fou quand même, que Stavisky ait provoqué ça.
– Je ne vois pas le rapport.
– Sans Stavisky, pas de 6 février. Sans l’émeute fasciste du 6 février devant laquelle Daladier capitule, pas de gouvernement d’Union nationale. Sans gouvernement d’Union nationale, pas d’expulsion de Trotski. Donc, sans Stavisky…

Quoi qu’il en soit, « Août 1960 » s’appellera dorénavant « Gerboise bleue ».

Aix-les-Bains / Réalisateur

Tout le petit monde de la télévision est très agité. Ils n’ont qu’un seul mot à la bouche: directeur artistique.
C’est lui qui donnera son identité visuelle à la série. C’est lui qui sera capable de se projeter dans l’avenir pour que la série soit encore au goût du jour au moment de son arrivée à l’antenne, parfois deux ou trois ans après sa création.
En définitive, ils nous parlent d’un réalisateur. Non?

A ces réflexions agitées s’est ajoutée la présence des Québécois. Minuit, le soir, de Pierre-Yves Bernard (le scénariste) et de Podz (le réalisateur). Un certain émoi a parcouru Aix-les-Bains. Très bonne direction d’acteur, réalisation, image, son… C’est bien. C’est homogène. Pour le dire simplement: on sent qu’il y a un réalisateur là-derrière.

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Aix-les-Bains / « La Commune »

A Aix-les-Bains, nous assistons à la projection du premier épisode de « La Commune ».

Réussi et intéressant.
Cela crée un précédent en terme de représentation de la banlieue et de sa violence. Cela nous en dégage et nous permet d’aller plus franchement en direction du romanesque et du rocambolesque, en direction de la fiction épique. A cheval, tout immédiatement!
A eux la reconstitution sociale, à nous l’essence de la fiction!
Nous ne pouvons pas faire comme si ça n’existait pas: ne le faisons pas. Et merci FDLP!
La qualité de réalisation et de narration est bonne. La série se démarque très largement de tout ce que nous avos vu. Cela nous permet et nous impose un pas de plus dans la direction de l’innovation.

Email aux producteurs

Las Vegas. Je suis dans ma chambre d’hôtel. A Paris, tout le monde s’agite: il est question de faire entrer un nouveaux producteur dans la danse de DMM City : Jérôme Minet.

J’écris à mes producteurs, Sophie Goupil et Serge Lalou:

Je suis resté à Las Vegas. Après quelques jours d'adaptation - c'est Vegas tout de même - j'ai enfin trouvé mon rythme. J'ai sorti l'ordinateur, je me suis installé. Prêt au travail. Parlons sérieusement. Acceptons effectivement de suivre Minet, les yeux bandés (peut-être la tempête vous a-t-elle frappée?). Mais tirons-en le meilleurs parti et profit. J'ai fait les calculs et les comparaisons:
Au Circus Circus, la chambre coûte 31$ la nuit, auxquels il faut ajouter 9$ pour la connexion wi-fi et 12$ pour une voiture (une Pontiac, coupée, noire, question de standing). La nourriture n'est pas chère, comptons 30$ par jour par personne.
Après discussion, le Circus Circus est prêt à baisser le prix de la chambre à 29$ et la connexion Internet à 5$ si nous restons plus d'un mois.
Cela me paraît raisonnable. Cela me paraît correspondre au temps nécessaire (32 jours) à l'écriture du texte demandé.
Bien sûr, il y a le billet d'Yves, plus le surcoût de la modification de mon billet de retour. Mais Delta Airlines (presque en faillite) pratique des prix très avantageux. Et le dollar est si faible par rapport à l'euro.
Je vous laisse faire le total et le communiquer à Minet.
Faites-moi parvenir sa réponse par email Signalez-lui toutefois que chaque jour qui passe augmente mes faux-frais et retarde d'autant la négociation officielle avec le Circus Circus.
Quant à la fièvre du jeu - c'est Vegas tout de même - ne vous en faites pas, j'ai trouvé une forme de martingale qui me permet de ne perdre que 2$ par nuit (en comptant qu'ils offrent deux verres de Wild Turkey aux joueurs, c'est une affaire). Je les prends volontiers à ma charge.
Je vous embrasse.