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Écriture du « Mur du silence » achevée

Nous avons achevé « Le mur du silence ». Près de six mois d’écriture (nous en avions annoncé quatre) frénétique et acharnée aux côtés de Jean-Claude Barny.

Un long chemin, parfois chaotique, toujours passionné. Beaucoup de discussions, de propositions, de corrections, de révisions. Et un scénario que nous aimons beaucoup à l’arrivée. Le scénario aurait pu me rendre fou, il est en réalité un de ceux qui m’ont le plus appris ces dernières années.

Une parenthèse: c’était la premire fois que nous écrivons un polar. C’était, pour ma part, me frotter à un genre que je ne comprends pas. Jamais, ô grand jamais, je ne me préoccupe du meurtrier quand je lis un roman policier. Ça ne m’intéresse pas
et puis j’oublie. Et quand vient la grande révélation finale, on ne peut même pas dire que ça me surprend, parce que toujours la surprise est construite pour ceux (et donc réservée à ceux) qui ont cherché pendant la lecture. Et pourtant j’adore les polars, mais ce qui me plaît est ailleurs, entre les ressorts et les ficelles. Ma grande faute et ma grande peine pour ceci.

Le scénario est parti à la commission Outre-Mer du CNC. Il sera présenté à l’avance sur recettes en septembre. Réponse en fin d’année.

Écouter, laisser se réapproprier

A l’époque où je donnais encore des cours, je ne cessais de le répéter: écrire un scénario a très peu de chose à voir avec l’écriture.

On écrit peu. 50% du temps et de l’énergie est consacrée à essayer de comprendre ce que souhaite le réalisateur. Le faire parler, le faire formuler, encore et encore, écouter. Les 50% restant consiste à lui donner les outils pour se réapproprier le scénario. Il doit pouvoir revendiquer chaque mot du scénario. Ce foutu texte, il va se le traîner encore plusieurs mois (plusieurs années en réalité): le financement, la préparation, le tournage. Il va devoir le défendre, se battre pour lui. Il faut que ce soit le sien.

Ces deux étapes sont au coeur du travail. Elles sont différentes à chaque fois. Aucun réalisateur ne fonctionne de la même manière. Il faut tout réinventer à chaque fois.

Avec Yves, nous écrivons presque toujours une « version zéro »: c’est une version complète du scénario, basée sur les premières discussions de travail avec le réalisateur. C’est une version qui est censé faire réagir le réalisateur, lui donner du recul, nous permettre de mieux comprendre ce qu’il cherche, ce à quoi il tient et ce qu’il est prêt à abandonner.

La version zéro du « Mur du silence » n’a pas produit l’effet escompté. Jean-Claude Barny n’y a pas retrouvé ses petits, il l’a lue avec une grnde perplexité. Au temps pour nous. Nous n’avons pas su décoder ce qu’il désirait. Nous avons mésestimé sa réaction à la lecture d’un texte auquel il se sentirait extérieur.

Nous n’avons plus qu’à remettre l’ouvrage sur le métier, et à écrire une version zéro point un!

Jean-Claude Barny

Ca y est, rebelote, Serge Lalou nous appelle en écriture: le prochain film de Jean-Claude Barny. Comme c’était le cas pour Didier Nion et son « Hérétique », c’est un projet que le réalisateur porte depuis de nombreux mois déjà. Des années de combat à mort avec un scénario qui refuse de ressembler au film qu’il a en tête.

Jean-Claude Barny, nous voyons très bien de qui il s’agit. « Nèg Maron », il y a quelques années. Un film vif, enlevé, spontané. Un film qui sort des sentiers rebattus. Un film assez juste sur les regards croisés entre Guadeloupe et métropole. Parfois, il est vrai, un peu plombé par des séquences sentencieuses et démonstratives. Peu importe, le film est réussi. Barny, c’est aussi le casting de « La haine ». Et bien sûr, beaucoup de clips de musiciens issus des cités.

Nous rencontrons Jean-Claude. Il ne ressemble pas à l’image que nous nous en étions faites. Posé, en retrait, à l’écoute.

Son projet est l’adaptation du récit écrit par Loïc Léry à la fin des années 70: un jeune Martiniquais tombé pour braquage. Le livre de Léry se déroule presqu’exclusivement en prison, à Fleury-Mérogis. Quelques pages consacrées aux braquages et au parcours à la fin du récit. Un scénario existe, qui suit assez précisément la chronologie du livre.

Au-delà des qualités et défaut du scénario: « Un prophète » d’Audiard est passé par là, laminant avec brio la thématique des tensions raciales en milieu carcéral. Il faut trouver un autre angle d’attaque, réinventer l’histoire.

Bien sûr, nous allons avancer. Le projet est excitant. Passer quelques mois dans le milieu antillais du Paris des années 70. Oui. Donc, nous allons écrire « Le mur du silence ».