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Écriture du « Mur du silence » achevée

Nous avons achevé « Le mur du silence ». Près de six mois d’écriture (nous en avions annoncé quatre) frénétique et acharnée aux côtés de Jean-Claude Barny.

Un long chemin, parfois chaotique, toujours passionné. Beaucoup de discussions, de propositions, de corrections, de révisions. Et un scénario que nous aimons beaucoup à l’arrivée. Le scénario aurait pu me rendre fou, il est en réalité un de ceux qui m’ont le plus appris ces dernières années.

Une parenthèse: c’était la premire fois que nous écrivons un polar. C’était, pour ma part, me frotter à un genre que je ne comprends pas. Jamais, ô grand jamais, je ne me préoccupe du meurtrier quand je lis un roman policier. Ça ne m’intéresse pas
et puis j’oublie. Et quand vient la grande révélation finale, on ne peut même pas dire que ça me surprend, parce que toujours la surprise est construite pour ceux (et donc réservée à ceux) qui ont cherché pendant la lecture. Et pourtant j’adore les polars, mais ce qui me plaît est ailleurs, entre les ressorts et les ficelles. Ma grande faute et ma grande peine pour ceci.

Le scénario est parti à la commission Outre-Mer du CNC. Il sera présenté à l’avance sur recettes en septembre. Réponse en fin d’année.

« Le mur du silence » vs. « The Town »

Le film de Ben Affleck The Town est une référence lointaine mais récurrente dans les discussions autour de l’écriture du Mur du silence (le film de Jean-Claude Barny).

Pour nous aussi, c’est un cinéma lointain. Le film de Affleck est correctement ficelé, sans plus. Il peine a être elliptique dans sa narration. Il n’évite pas les poncifs du genre (en particulier une interminable scène de fusillade en guise de final).

Et surtout, c’est un film bavard. Bavard, un film d’action? Oui, bavard, comme s’il fallait évactuer le récit en le concentrant dans d’interminables scènes de dialogue afin que les scènes d’action soient vierges de tout enjeu narratif.

Bavard et un peu lourdeau. Transcription à l’appui:

La séquence se déroule à la 32ème minute du film. Elle dure 4 minutes!
Ben Affleck et « la fille » dans un parc, assis et immobiles. Toute la discussion (surtout le monologue) est très lente, ponctuée de sonores et virils soupirs. Par moment la voix de Ben Affleck est sur le point de se briser, saturée d’émotion.

    • Elle : Alors, tes parents vivent toujours à Charlestown ?
    • Lui : Euh… non… mon père a fini par partir en banlieue.
    • Elle : Et ta mère ?
    • Lui : J’en ai aucune idée, elle est partie quand j’avais six ans.
    • Elle : Qu’est-ce qui s’est passé ?
    • Lui : Elle est partie.
    • Elle : Ouaip ?
    • Lui : J’ai été réveillé par le bruit. Au début, je savais pas ce que c’était. On aurait dit un animal pris dans un piège. J’avais encore jamais entendu un homme pleurer. Je suis descendu en pyjama. J’ai vu mon père dans la cuisine. Le premier truc qui me revient, c’est le cendrier. Y’avait au moins une centaine de mégots. Les cendres faisaient une montagne. Il avait arrêté de pleurer. Il était là, assis à regarder la télé sur un petit poste noir et blanc sans le son. Il devait pas savoir quoi faire d’autre. Il m’a regardé dans mon pyjama, debout devant lui. Il a dit : ta mère est partie, elle reviendra pas. Comme ça. En fumant des cigarettes et en fumant un pain surgelé à six heures du matin. On avait perdu notre chien l’année précédente… Et je voulais qu’on mette des affichettes. Comme ça si ma mère s’était perdue, les auraient pu nous appeler, comme le mec qu’avait trouvé notre chien. Encore aujourd’hui, mon père te jurera qu’il m’a aidé pour les affichettes, mais c’est faux. Il était assis dans la cuisine à boire un pack de bière pendant que moi je partais tout seul sur Foulstreet demander aux gens s’ils avaient vu ma mère. Elle s’appelait Doris. Ma grand-mère avait une maison, un restaurant à Downdridge en Floride, alors je m’imaginais que c’était peut-être là qu’elle était partie. J’ai fini par accepter l’idée que… que ça n’a pas d’importance. Où qu’elle soit allée, elle avait une bonne raison de partir. De toute façon, elle voulait plus être ma mère et… elle ne reviendrait pas. Et maintenant, t’en sais un peu sur ma famille, mais je veux toujours pas te montrer mon appart.
    • Elle : Je t’en prie, ça peut pas être si terrible que ça.

La musique dans « Le mur du silence »

Le Mur du Silence est un véritable voyage à travers la musique noire engagée des années 70 : Soul, Disco, Funk et Reggae. Plutôt que de s’attarder sur les grands standards, l’attention de Jean-Claude Barny se porte sur des artistes afros qui, par leur intégrité et l’intensité de leurs revendications, sont particulièrement en accord avec la thématique du film (Gil Scott-Heron, Donny Hathaway, Leroy Brown, Jimi Hendrix.
Mais aussi des artistes des Caraïbes – représentées à l’époque par le Compas haïtien et des groupes comme Galaxy, La Perfecta, Tabou Combo.
Sans oublier les enjeux et les sonorités d’aujourd’hui : Kery James, Admiral T, Nero. La musique est un élément essentiel dans le film, elle lui donne son identité et sa couleur.

Du coup, pour la première fois dans un de scénario (la deuxième fois en réalité, nous l’avions fait dans Mort ax espions!, mais pour d’autres raisons), nous intégrons les transcription des paroles dans le fil du texte.

Ainsi, dans la séquence 20:

Écouter, laisser se réapproprier

A l’époque où je donnais encore des cours, je ne cessais de le répéter: écrire un scénario a très peu de chose à voir avec l’écriture.

On écrit peu. 50% du temps et de l’énergie est consacrée à essayer de comprendre ce que souhaite le réalisateur. Le faire parler, le faire formuler, encore et encore, écouter. Les 50% restant consiste à lui donner les outils pour se réapproprier le scénario. Il doit pouvoir revendiquer chaque mot du scénario. Ce foutu texte, il va se le traîner encore plusieurs mois (plusieurs années en réalité): le financement, la préparation, le tournage. Il va devoir le défendre, se battre pour lui. Il faut que ce soit le sien.

Ces deux étapes sont au coeur du travail. Elles sont différentes à chaque fois. Aucun réalisateur ne fonctionne de la même manière. Il faut tout réinventer à chaque fois.

Avec Yves, nous écrivons presque toujours une « version zéro »: c’est une version complète du scénario, basée sur les premières discussions de travail avec le réalisateur. C’est une version qui est censé faire réagir le réalisateur, lui donner du recul, nous permettre de mieux comprendre ce qu’il cherche, ce à quoi il tient et ce qu’il est prêt à abandonner.

La version zéro du « Mur du silence » n’a pas produit l’effet escompté. Jean-Claude Barny n’y a pas retrouvé ses petits, il l’a lue avec une grnde perplexité. Au temps pour nous. Nous n’avons pas su décoder ce qu’il désirait. Nous avons mésestimé sa réaction à la lecture d’un texte auquel il se sentirait extérieur.

Nous n’avons plus qu’à remettre l’ouvrage sur le métier, et à écrire une version zéro point un!

Jean-Claude Barny

Ca y est, rebelote, Serge Lalou nous appelle en écriture: le prochain film de Jean-Claude Barny. Comme c’était le cas pour Didier Nion et son « Hérétique », c’est un projet que le réalisateur porte depuis de nombreux mois déjà. Des années de combat à mort avec un scénario qui refuse de ressembler au film qu’il a en tête.

Jean-Claude Barny, nous voyons très bien de qui il s’agit. « Nèg Maron », il y a quelques années. Un film vif, enlevé, spontané. Un film qui sort des sentiers rebattus. Un film assez juste sur les regards croisés entre Guadeloupe et métropole. Parfois, il est vrai, un peu plombé par des séquences sentencieuses et démonstratives. Peu importe, le film est réussi. Barny, c’est aussi le casting de « La haine ». Et bien sûr, beaucoup de clips de musiciens issus des cités.

Nous rencontrons Jean-Claude. Il ne ressemble pas à l’image que nous nous en étions faites. Posé, en retrait, à l’écoute.

Son projet est l’adaptation du récit écrit par Loïc Léry à la fin des années 70: un jeune Martiniquais tombé pour braquage. Le livre de Léry se déroule presqu’exclusivement en prison, à Fleury-Mérogis. Quelques pages consacrées aux braquages et au parcours à la fin du récit. Un scénario existe, qui suit assez précisément la chronologie du livre.

Au-delà des qualités et défaut du scénario: « Un prophète » d’Audiard est passé par là, laminant avec brio la thématique des tensions raciales en milieu carcéral. Il faut trouver un autre angle d’attaque, réinventer l’histoire.

Bien sûr, nous allons avancer. Le projet est excitant. Passer quelques mois dans le milieu antillais du Paris des années 70. Oui. Donc, nous allons écrire « Le mur du silence ».