En attendant Saddam

Feuilleton radiphonique en 10 épisodes
Écrit par Thomas Cheysson (Simon Amimo)

[Diffusé sur France Culture en 2007]

L’histoire est scrupuleusement basée sur des documents originaux. Rapports de surveillance du Ministère de la Sécurité Intérieur de la République d’Irak, transcriptions de conversations téléphoniques, archives de la télévision irakienne, copies de carnets de notes personnels, preuves matérielles, témoignages et photographies. Impossible d’affirmer qu’il s’agit de fiction.

La plus grande part de ce qui est raconté est issue de l’imagination de l’auteur. A la recherche des traces laissées par son père sur le sol irakien. Dans les pas de son père qui vivait à une époque où le rapport au monde arabe n’était pas celui que nous vivons aujourd’hui. A la recherche du père, à la recherche des pères… l’auteur ne sait plus s’il a vécu ou s’il à rêvé ces cinq semaines qui précédèrent la guerre en Irak, en février 2003. Impossible de soutenir qu’il s’agit d’un témoignage ou même d’un récit. Évidemment il s’agit de fiction.

 

 

Cinq semaines à attendre quelque chose qui doit absolument rester secret. Bagdad, 1er février 2003. En attendant Saddam.

Tout lui semblait clair avant le départ pour l’Irak : un film qui aurait mis en scène dix chefs d’Etats Voyous. Et le voilà dans un hôtel excentré, sans équipe, sans même une caméra, à attendre un hypothétique appel. Sans même un contact, rien, si ce n’est les quelques mots qui ont précipité son départ : « nous allons essayer, venez à Bagdad, mais surtout ne dites à personne le but de votre voyage ».

Attendre dans un pays qui se prépare à la guerre sans vraiment y croire. Mentir aux hommes de la Sécurité Intérieure et cacher le but du voyage. Attendre au point de ne plus savoir ce qu’il attend. Croire à ses propres mensonges au point de douter lui-même. Participer à la paranoïa qui se généralise au point de travestir ses propres notes.

Attendre pour rencontrer les hommes que côtoyait son propre père quelques décennies plus tôt. Attendre pour poser ses pas dans les pas de son père… son père qu’il a laissé malade derrière lui.

Attendre cloîtré dans sa chambre d’hôtel puis oublier, partir et sillonner la ville et le pays. Babylone et Samara. Seul. Tikrit et Nadjaf. Accompagné et suivi par les moukhabarats qui trépignent d’ignorer la raison de sa présence.

La guerre qui approche est une chose abstraite. Il a coupé le contact avec l’extérieur. Sur la chaîne nationale, les défilés militaires ont insensiblement remplacé les concours de poésie et la sitcom quotidienne qui contait les mésaventures d’un agent de la sécurité intérieure particulièrement incompétent.

La guerre qui approche est une chose concrète. La pression se fait plus forte. La surveillance discrète devient harcèlement. Interrogatoires, examens médicaux. Pour lui faire dire la raison de sa présence.

Dire quoi ? Le téléphone n’a toujours pas sonné.

Le pays est tendu, à bout de force de ne pas savoir. Abreuvé et galvanisé par la télévision officielle. Terrorisé par les informations souterraines qui filtrent et se propagent.

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