Épépé

Épépé sort littéralement de nulle part. Un livre posé sur une étagère, tout en bas de la pile des livres à lire. Sorti par hasard, sans aucun souvenir de sa provenance.

Sa lecture est un choc absolu.

Mais qui donc a écrit ce livre ?

Ferenc Karinthy était journaliste, linguiste, dramaturge et romancier, animateur de jeux radiophoniques et champion de water-polo. Et pendant toutes ces années, il travaillait à son chef d’œuvre, Épépé, publié en 1970. Karinthy meurt en 1992, alcoolique et presque oublié de tous.  Depuis, son roman a été traduit dans de très nombreuses langues. De pays en pays, le livre reste dans la marge, mais gagne l’aura d’un livre culte.

 

Le postulat du livre nous ravit. Il est très simple :
Un homme s’endort dans l’avion qui le mène à Helsinki pour un congrès. Il débarque ailleurs, dans une ville inconnue, où l’on parle une langue parfaitement inintelligible.
Cette métropole est familière, mais tout y est étrange et oppressant. L’homme égaré suit malgré lui la frénésie de la rue, la foule toujours en mouvement, il parcourt inlassablement les rues, et se réfugie de temps en temps dans la solitude de sa chambre d’hôtel. Il ne comprend, littéralement, plus rien.
Il cherche désespérément une solution pour quitter cette ville et rentrer chez lui. Il explique, crie, se débat sans succès, accumule les situations burlesques et tragiques.
Entre agitation vaine et brusques moments de dépression, il est attiré par Épépé, une jeune femme préposée aux ascenseurs de l’hôtel. Mais il est incapable de même saisir son prénom avec certitude : Bébé, Tyétyé, Épépé, Étété, Ébébé, Djédjé, Tété. Cette langue n’est pas seulement inintelligible, elle se dérobe, semble changer de nature selon le locuteur ou le moment de la journée.
L’étau se resserre. Il n’a plus d’argent, il est expulsé de son hôtel. Alors qu’il perd pied, il réalise qu’il a de moins en moins envie de quitter cette ville à laquelle il est pourtant irrémédiablement étranger.

Dans la tête de chaque réalisateur et de chaque scénariste, il y a ce même rêve inaccessible : trouver « l’idée ». Une sorte de Graal, ou plutôt comme une antienne qui résonne lorsqu’on découvre Its a wonderfull life (La vie est belle) de Franck Capra ou The groundhog day (Un jour sans fin) de Harold Ramis : « quelle idée géniale ! ». Comme si la force et l’évidence de l’idée pouvait suffire au film. Le postulat d’Épépé appartient indéniablement à cette catégorie.

Épépé, de Ferenc Karinthy, éditions Denoël

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