« Le mur du silence » vs. « The Town »

Le film de Ben Affleck The Town est une référence lointaine mais récurrente dans les discussions autour de l’écriture du Mur du silence (le film de Jean-Claude Barny).

Pour nous aussi, c’est un cinéma lointain. Le film de Affleck est correctement ficelé, sans plus. Il peine a être elliptique dans sa narration. Il n’évite pas les poncifs du genre (en particulier une interminable scène de fusillade en guise de final).

Et surtout, c’est un film bavard. Bavard, un film d’action? Oui, bavard, comme s’il fallait évactuer le récit en le concentrant dans d’interminables scènes de dialogue afin que les scènes d’action soient vierges de tout enjeu narratif.

Bavard et un peu lourdeau. Transcription à l’appui:

La séquence se déroule à la 32ème minute du film. Elle dure 4 minutes!
Ben Affleck et « la fille » dans un parc, assis et immobiles. Toute la discussion (surtout le monologue) est très lente, ponctuée de sonores et virils soupirs. Par moment la voix de Ben Affleck est sur le point de se briser, saturée d’émotion.

    • Elle : Alors, tes parents vivent toujours à Charlestown ?
    • Lui : Euh… non… mon père a fini par partir en banlieue.
    • Elle : Et ta mère ?
    • Lui : J’en ai aucune idée, elle est partie quand j’avais six ans.
    • Elle : Qu’est-ce qui s’est passé ?
    • Lui : Elle est partie.
    • Elle : Ouaip ?
    • Lui : J’ai été réveillé par le bruit. Au début, je savais pas ce que c’était. On aurait dit un animal pris dans un piège. J’avais encore jamais entendu un homme pleurer. Je suis descendu en pyjama. J’ai vu mon père dans la cuisine. Le premier truc qui me revient, c’est le cendrier. Y’avait au moins une centaine de mégots. Les cendres faisaient une montagne. Il avait arrêté de pleurer. Il était là, assis à regarder la télé sur un petit poste noir et blanc sans le son. Il devait pas savoir quoi faire d’autre. Il m’a regardé dans mon pyjama, debout devant lui. Il a dit : ta mère est partie, elle reviendra pas. Comme ça. En fumant des cigarettes et en fumant un pain surgelé à six heures du matin. On avait perdu notre chien l’année précédente… Et je voulais qu’on mette des affichettes. Comme ça si ma mère s’était perdue, les auraient pu nous appeler, comme le mec qu’avait trouvé notre chien. Encore aujourd’hui, mon père te jurera qu’il m’a aidé pour les affichettes, mais c’est faux. Il était assis dans la cuisine à boire un pack de bière pendant que moi je partais tout seul sur Foulstreet demander aux gens s’ils avaient vu ma mère. Elle s’appelait Doris. Ma grand-mère avait une maison, un restaurant à Downdridge en Floride, alors je m’imaginais que c’était peut-être là qu’elle était partie. J’ai fini par accepter l’idée que… que ça n’a pas d’importance. Où qu’elle soit allée, elle avait une bonne raison de partir. De toute façon, elle voulait plus être ma mère et… elle ne reviendrait pas. Et maintenant, t’en sais un peu sur ma famille, mais je veux toujours pas te montrer mon appart.
    • Elle : Je t’en prie, ça peut pas être si terrible que ça.

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